BELLE

Suzu est une jeune fille très réservée et incapable de parler en public. Traumatisée par la mort de sa mère, elle se réfugie dans le monde virtuel de U, dans lequel elle laisse s’exprimer tous ses sentiments sous l’anonymat que lui offre le personnage de Belle. Devenue chanteuse à succès dans l’univers virtuel, elle prend un peu plus confiance en elle chaque jour. Pourtant, lors d’un de ses concerts, un avatar aux allures de bête fait irruption dans la salle, poursuivi par le service d’ordre de U. Intriguée, Belle/Suzu va tenter de porter secours au paria de U, mettant alors en péril son précieux anonymat.

Dans Belle, Mamoru Hosoda revisite un classique aujourd’hui connu de tous au travers de multiples adaptations : La Belle et la Bête. Aidé de Jin Kim, un habitué de Disney, pour la création des personnages, le réalisateur livre ici une œuvre que l’on devine personnelle, toujours basée sur les thèmes de l’amitié, l’amour et la confiance en soi.

Dans le monde virtuel de U, « U can be everything ». Grâce à des oreillettes captant les données biométriques, l’algorithme crée un avatar unique à l’utilisateur, révélant son véritable potentiel et sa personnalité. C’est ainsi que la discrète et timide Suzu, complexée par ses taches de rousseur et enfermée dans un mutisme depuis la mort de sa mère, devient la sublime Belle dans le monde de U. Avec sa voix d’or et sa longue chevelure rose, elle accède rapidement au rang de star de U, jusqu’au jour où un mystérieux Dragon à l’allure de bête, combattant hargneux, déboule en plein concert, poursuivi par une brigade de sécurité autodésignée, sorte de Chevaliers du Zodiac aussi ridicules que dangereux. Persécutant le Dragon pour une raison futile, ces Power Rangers de pacotille mettent en péril la tranquillité de Suzu dans le monde virtuel.

Belle est un film d’animation extrêmement riche de références et de styles. Avec l’aide de Jin Kim, Hosoda va jusqu’à recréer une scène entière de La Belle et la Bête de Disney, à la stupeur de celles et ceux qui pourront revoir, à travers la jeune Belle aux cheveux roses, la tremblante Belle venue chercher son père au château de la Bête, guidée par les petits domestiques des lieux. Dans la continuité de ses films précédents, et notamment de Summer Wars, le réalisateur présente un monde virtuel qui pousse à l’émancipation et à la confiance en soi. Il fait d’Internet un facteur de stimulation pour la jeunesse qui peut, à travers un monde « factice », se réaliser dans le monde réel. Mamoru Hosoda se pose ainsi en défenseur du numérique à l’heure où le monde virtuel (de plus en plus proche de nous) est plus souvent l’objet de dystopies. Bien que cette bienveillance à l’égard d’un outil aussi ambivalent qu’Internet puisse sembler inappropriée, cela fait du bien de voir l’espoir en un futur meilleur que nous propose le réalisateur.

La richesse de l’animation, qui prend diverses formes selon le monde ou le pays dans lesquels se trouvent les protagonistes, ajoute au film une originalité esthétique, accompagnée de splendides musiques qui soutiennent le parcours initiatique de Belle/Suzu. Rempli d’humour et d’émotion, Belle se confronte également à des thèmes extrêmement difficiles comme la maltraitance ou le deuil, explicitement mentionnés, ce qui éloigne d’ailleurs la dernière partie du film du style magique à la mode Disney pour la réancrer dans les enjeux sociaux contemporains. Mamoru Hosoda se met ici largement du côté des enfants, laissant peu de crédit aux adultes, si ce n’est à un groupe de choristes qui prennent soin de la jeune Suzu.

Belle est donc un film très riche, que ce soit en termes d’animation, de références culturelles ou dans les thèmes qu’il aborde. On pourra lui reprocher de donner une vision trop bienveillante et simple de l’univers virtuel, mais il faut avouer que l’histoire contée ici est remplie d’espoir et de confiance en la jeune génération. Mamoru Hosoda offre avec ce film un beau moment de cinéma, une fois de plus placé sous le regard bienveillant de la baleine, qui protégeait déjà son monde virtuel dans Summer Wars.

Réalisation : Mamoru Hosoda

Scénario : Mamoru Hosoda

Studio : Studio Chizu

Durée : 122 minutes

Sortie : décembre 2021 (France)

Pays : Japon

3 réflexions sur “BELLE

  1. princecranoir 13/01/2022 / 06:11

    Tu m’as donné envie. Ça ressemble beaucoup à un prolongement de « Summer Wars », qui lui même anticipait à bien des égards le métaverse imagine par Zuckerberg. Le monde coloré de Belle est-il celui qui nous attend demain ? Il semble bien accueillant en tout cas.

    Aimé par 1 personne

    • misslittlemonster 13/01/2022 / 18:38

      C’est dans la lignée de Summer Wars dans les thèmes qui sont traités effectivement. Il est vrai que le monde de U est extrêmement accueillant et tente de réconcilier avec le tout numérique qui nous submerge mais Hosoda laisse tout de même sa place à la réalité dans la réalisation de l’individualité je trouve.

      Aimé par 1 personne

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