La trilogie INFERNAL AFFAIRS

Destins croisés de deux hommes qui ne sont pas qui ils prétendent être. L’un veut pourtant à tout prix retrouver sa vie d’avant, tandis que l’autre se complait dans l’existence illusoire qu’il s’est construite, bien qu’il soit constamment rappelé à son passé. Le premier est un flic devenu voyou et l’autre un voyou devenu flic, tous deux piégés dans le filet de la mafia hongkongaise. Infernal Affairs est une trilogie réalisée par Andrew Lau et Alan Mak qui retrace le parcours de deux hommes aux objectifs opposés.

Yan, interprété par l’excellent Tony Leung Chiu Wai, est un policier infiltré depuis dix ans dans la mafia hongkongaise. Il a servi les plus gros truands du pays et n’aspire qu’à quitter ce cycle de violence et de mensonges dans lequel on l’a enfermé. Ne perdant jamais de vue sa formation première, il rappelle à chaque fois qu’il le peut qu’il est policier, comme pour se convaincre lui-même que les passages à tabac et les lignes de coke qu’il enchaîne ne sont en fait qu’une façade nécessaire au bon déroulement des interventions de ses collègues. Le seul à connaître son identité est le commissaire Wong, un chef juste et compréhensif qui, bien qu’il l’ait sans cesse renvoyé en infiltration, est le seul rappel de son passé de policier. De l’autre côté, on a l’inspecteur Lau (Andrew Lau), la taupe du truand Sam au sein de la police. Tout en rencardant son patron sur les mouvements du commissaire Wong, il se prend à rêver qu’il est un véritable policier, honnête et méritant.  

Le premier volet d’Infernal Affairs nous propose d’assister au bal des taupes lors d’une livraison de drogue. À l’aide du morse, Yan renseigne le commissaire Wong sur le lieu de livraison pendant que Lau, lui, transmet les fréquences de la police à Sam depuis le centre de commandement de l’intervention. On nous explique donc que les deux personnages sont dans la même situation. Ils doivent faire semblant d’appartenir à un groupe dans lequel ils évoluent tout de même depuis une dizaine d’année tout en trahissant les personnes qu’ils côtoient tous les jours. Risquant leur vie chaque jour, ils sont sans cesse sur leurs gardes. D’autant plus que, durant l’intervention de police, les deux camps comprennent qu’ils abritent chacun une taupe. Il est maintenant nécessaire de la démasquer et de s’en débarrasser. Une fois que la méfiance s’est emparée d’eux, le commissaire et le truand chargent chacun leur infiltré de débusquer l’autre.

La tension monte, les stratégies s’enchaînent et les opérations d’espionnage se succèdent dans un Hong Kong qui vit la nuit, pour que finalement les deux protagonistes épuisent toutes leurs forces en tentant de protéger leur couverture. Ayant chacun la confiance de leur groupe, ils ne sont pas les premiers suspects mais une insécurité s’empare d’eux. Yan est l’un des plus vieux hommes de main de Sam mais il est tout de même écarté d’une mission. Lau, de son côté, est au-delà de tout soupçon, chargé par la police elle-même de trouver le traître. Dans ce film rempli de paradoxes, on assiste à nombre de croisements, de rendez-vous manqués, qui sont autant de moyens de nous montrer que, bien qu’ils soient dans des situations similaires, les deux protagonistes n’ont en commun que leur goût pour la bonne musique et le regret d’une vie qu’ils se sont trop compromis pour avoir.

Le deuxième opus effectue un retour en arrière et nous plonge dans un passé où Hong Kong est encore britannique pour terminer sur les images de la rétrocession, symbole du début d’une nouvelle ère. On y découvre le parcours de Yan et de Lau, qui en réalité viennent du même monde mais ont évolué différemment. Ce parallèle sur fond d’une histoire de mafieux qui se rêve politicien (et qui permet au passage de mettre en scène un lien spécial entre le commissaire Wong et Sam) est une nouvelle occasion de voir à quel point les deux protagonistes sont opposés. Si Yan vient d’un milieu difficile, il s’en sort grâce à sa volonté et à son passage à l’école de police. Mais Lau au contraire, affiche un discours victimaire qui justifie sa relation au milieu du crime. S’il était une taupe, c’est bien parce qu’il n’avait pas le choix, c’est parce qu’il ne pouvait pas échapper à ce monde, bien qu’il se pense fondamentalement bon. Pourtant, Yan, lui, s’en est sorti. Et quand cette vérité éclate au grand jour, Lau ne sait pas comment la gérer.

Infernal Affairs II laisse de côté ses acteurs phares Tony Leung et Andrew Lau pour mettre en avant deux jeunes prometteurs du cinéma hongkongais : Shawn Yue et Edison Chen. L’intrigue en elle-même est assez simple dans ce deuxième volet et propose une histoire somme toute relativement prévisible. Pourtant, Infernal Affairs II nous en apprend beaucoup sur Yan et Lau et pose les bases psychologiques du troisième film en révélant la genèse des personnages principaux.

Dans Infernal Affairs III, on s’enfonce donc plus profondément dans la psychologie de l’inspecteur Lau. Avec une intrigue mineure en comparaison des raisonnements torturés du (faux) policier, le film met en avant un personnage peu exploité dans le premier opus : la psychologue de Yan. Lorsqu’il est mis au courant de l’identité de Yan, de son parcours ainsi que de sa personnalité fondamentalement vertueuse, Lau ne peut s’empêcher de se poser des questions sur lui-même, tout en étant toujours obligé de garder secrète son identité. On assiste alors à la chute d’un homme qui s’était surestimé et qui développe une fascination pour son ancien ennemi. Avec l’ajout d’un personnage, l’agent Yeung chargé d’une enquête interne liée aux taupes de Sam, Lau est pris en tenaille et c’est ainsi qu’il se retrouve poussé dans ses retranchements, assailli par le doute et la menace qui plane sur la vie qu’il s’était construite. Ce dernier volet de la saga se referme une fois de plus sur une tragique conclusion qui aura pourtant dévoilé les divers secrets que cachaient les personnages.

Infernal Affairs est une saga forte en rebondissements. Un film noir qui va droit au cœur en présentant deux hommes prisonniers de leur propre vie mais fondamentalement différents l’un de l’autre. Et pourtant, il semble qu’en d’autres circonstances ils auraient pu devenir amis. Un pays, deux systèmes. Une mission, deux hommes. Mais à la fin de la trilogie, les tombes s’alignent pour les vertueux dans les montagnes d’un Hong Kong qui aura vu couler le sang et les larmes.

Infernal Affairs I

Casting : Andrew Lau, Tony Leung, Anthony Wong, Eric Tsang

Durée : 101 minutes

Sortie : 2002

Infernal Affairs II

Casting : Edison Cheng, Shawn Yue, Anthony Wong, Eric Tsang

Durée : 119 minutes

Sortie : 2003

Infernal Affairs III

Casting : Andrew Lau, Tony Leung, Leon Lai, Kelly Chen

Durée : 118 minutes

Sortie : 2003

Pour les trois films :

Réalisation : Andrew Lau, Alan Mak

Scénario : Alan Mak, Felix Chong

Pays : Hong Kong

2 réflexions sur “La trilogie INFERNAL AFFAIRS

  1. princecranoir 30/10/2021 / 13:37

    Très chouette chronique sur cette trilogie dont je ne connais que le premier volet. Deux excellents acteurs en plus d’Anthony Wong, acteur qu’on a beaucoup vu chez Johnnie To. A comparer maintenant avec l’excellent remake de Martin Scorsese que beaucoup trouvent même supérieur à l’original.

    Aimé par 1 personne

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