DRIVE MY CAR

Il est impossible que rien ne change dans la vie. On a beau se mentir à soi-même, ignorer ce qui menace d’ébranler notre bonheur, les choses finissent tout de même par échapper au cours que l’on souhaitait leur donner. Il faudra du temps à Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, pour le comprendre. Par un jeu d’échanges entre ses héros et les personnages de théâtre auxquels ils se confrontent, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi donne à son film Drive My Car une profondeur et différents degrés de lecture qui témoignent de la complexité de l’esprit et des sentiments humains. Adapté d’un roman de Haruki Murakami et récompensé du prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 2021, Drive My Car nous emporte dans une épopée artistique qui interroge sur le deuil, l’amour et le bonheur.

Le film s’ouvre sur la silhouette d’une femme en contre-jour contant l’histoire d’un premier amour obsédant qui pousse une jeune fille à s’introduire en secret chez l’élu de son cœur à son insu. Une fois son récit terminé, la femme se recouche aux côtés de son mari qui l’a écoutée avec attention. On apprend alors à connaître ce couple apparemment heureux, lui acteur de théâtre et elle scénariste à l’inspiration érotique. Ils semblent proches et amoureux, ayant trouvé un équilibre de vie qui leur permet de concilier travail et famille. Et pourtant, une ombre menace la stabilité de leur relation. L’épouse, Oto, est surprise sans le savoir par son mari, dont le voyage a été annulé, alors qu’elle accueille son amant chez elle. On pourrait s’attendre à une scène de ménage, à une violente dispute qui mettrait en branle un couple paisible. Mais il n’en est rien. Yusuke Kafuku quitte discrètement l’appartement et prend sa voiture, précieuse coquille de métal renfermant son intimité, pour passer quelques jours à l’hôtel. Mais peu de temps après son retour, alors qu’il fait comme si de rien n’était, ultime tentative de conserver ce quotidien qu’il chérit, sa femme requiert une sérieuse conversation le soir-même. Tardant à rentrer et redoutant des aveux qui changeraient à jamais leur relation, Yusuke finit tout même par regagner son appartement pour trouver Oto étendue sur le sol, morte.

Une longue introduction pour un long film dont on ne voit pourtant pas passer les presque trois heures. Drive My Car justifie sa longueur, car pour bien cerner tout ce que le scénario et les personnages ont à révéler, il ne faut pas brusquer les choses. Pour Yusuke, le voyage initiatique commence seulement à Hiroshima, deux ans plus tard, alors qu’il est invité à participer à un festival de théâtre en tant que metteur en scène. La pièce présentée sera Oncle Vania, de Tchékhov, une histoire d’amour, de haine et de bonheur inaccessible, véritable miroir des sentiments de Yusuke. En plus d’une pièce terriblement familière, une perturbation supplémentaire arrive en la personne de Misaki Watari, chauffeur engagée par le festival pour conduire l’artiste. En se mettant au volant de la précieuse voiture, Misaki plonge également au cœur de l’intimité du metteur en scène pour finalement, à son tour, s’ouvrir à lui. D’abord silencieuse, elle se contente d’observer, d’écouter la voix de la défunte Oto, enregistrée sur une cassette qui devait permettre à son mari d’apprendre ses pièces. Puis les liens entre les deux âmes brisées se tissent et se renforcent, jusqu’à devenir de vrais supports à une guérison commune, faisant toujours écho au texte de Tchékhov qui semble directement s’adresser aux personnages : « Patience… Nous nous reposerons… Nous nous reposerons… ».

L’omniprésence et l’importance scénaristique données à l’art, et notamment à l’Oncle Vania de Tchékhov, que l’on nous livre d’ailleurs en plusieurs langues, permettent une multitude de moyens de communication qui donne à ce drame psychologique une originalité soulignée en plus par une bande-son parfaitement adaptée. Que ce soient les scènes de théâtre, les paysages enneigés, les conversations en voiture ou les silences au bord de l’eau, tout environnement est propice à la réflexion et à la nostalgie. La diversité de lieux suit l’évolution mentale des personnages et met en action des personnes qui viennent leur apporter leur expérience de la vie, la plus marquante étant peut-être cette belle actrice coréenne qui auditionne en langage des signes et livre une performance tout à fait émouvante.

Alors oui, Drive My Car est un film long, avec peu de rebondissements, mais il explore avec talent les profondeurs des sentiments humains pour faire se rencontrer des personnages blessés qui tentent de guérir comme ils le peuvent. Par une réalisation riche et intelligente, ainsi que des incursions scéniques, Ryusuke Hamaguchi confère à cette œuvre une originalité et une sensibilité unique et marquante.

Casting : Hidetoshi Nishijima, Toko Miura, Reika Kirishima, Masaki Okada

Réalisation : Ryusuke Hamaguchi

Scénario : Ryusuke Hamaguchi, Takamasa Oe

Durée : 179 minutes

Sortie : 18 août 2021 (11 juillet au Festival de Cannes)

Pays : Japon

Liens :

Bande-annonce :

4 réflexions sur “DRIVE MY CAR

  1. Carfax 25/09/2021 / 07:39

    bonjour, comment vas tu? merci pour ton retour. je note dans un coin de ma tete pour quand il sera dispo en streaming quelque part. passe un bon week end et à bientôt!

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s