ALICE IN BORDERLAND

Arisu et deux de ses amis se retrouvent propulsés dans un Tokyo alternatif, vidé de ses habitants. Ils comprennent bien vite que, dans ce nouveau monde, ils vont devoir se battre pour leur survie dans des jeux qui leur permettent de gagner un visa pour vivre quelques jours de plus. Déterminé à découvrir les secrets de ce monde, Arisu se livre donc à ces épreuves, plus cruelles les unes que les autres, afin d’en apprendre davantage et trouver un moyen de s’échapper.

Basé sur un manga survival de Haro Aso, Alice in Bordeland (今際の国のアリス) propose un développement original, lié par de nombreuses références à l’univers d’Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Carroll. Le titre est déjà un indice assez évident, mais d’autres éléments font penser à cette œuvre. Avec un personnage principal nommé Arisu, « Alice » japonisé, aidé par son amie Usagi (signifiant « lapin » en Japonais), qui doit survivre à des épreuves dont la difficulté et le type correspondent à des cartes (pique, carreau, cœur ou trèfle), et finit par être entraîné dans le repère d’un chapelier fou aux airs de chef de clan, le drama annonce clairement la couleur et nous promet que ce « pays des merveilles » sera aussi décalé que celui de la petite Alice.

Dans un Tokyo déserté, Arisu et ses amis doivent rapidement essayer de comprendre où ils ont atterri et ce que l’on attend d’eux. Cela ne tarde pas, car à la nuit tombée ils sont attirés dans un immeuble dans lequel aura lieu leur premier jeu. C’est à travers cette première épreuve que les personnages, ainsi que le spectateur, appréhendent l’univers que propose le drama : un monde fait de règles précises, qui doivent être suivies à la lettre sous peine de perdre la vie. On nous indique dès le début que le moindre faux-pas sera puni et que, si ce Tokyo alternatif peut ressembler à celui d’un jeu vidéo, la mort est ici bien réelle. Chaque jeu possède une limite de temps, alors attention à ne pas être « en retard, en retard, en retard » comme le lapin blanc d’Alice. Les quelques épreuves présentées dans les premiers épisodes de la série ont clairement pour but de mettre en place le contexte et de nous familiariser avec le personnage d’Arisu, un jeune homme intelligent mais qui semble assez perdu dans ce monde. Grâce à quelques flashbacks bien dosés, on en apprend plus sur sa vie et son caractère, si bien que même s’il a l’air dépassé par les évènements et avance un peu à l’aveugle dans ce nouveau monde, on comprend vite qu’il rassemble énormément d’informations qui lui seront très utiles dans la suite du drama. Joué par un excellent Kento Yamazaki, Arisu est un personnage extrêmement intéressant, qui aurait d’ailleurs pu faire une démonstration plus importante de ses capacités intellectuelles. Bien qu’il fasse quelques erreurs (faire confiance au premier venu n’est pas la meilleure idée dans un survival), il n’en reste pas moins un des plus aptes à survivre dans cet univers, non seulement du fait de son expérience de gamer assidu et de son esprit logique, mais aussi parce qu’il est relativement discret et d’un naturel calme. Contrairement à certains personnages du drama avec des personnalités très appuyées, Arisu est paradoxalement assez banal et, dans le monde réel, on pourrait même dire qu’il n’a rien d’intéressant. La série nous démontre ainsi que, dans une situation particulière, certains peuvent se révéler et faire montre de capacités qu’ils n’auraient pas pu exploiter dans la vie de tous les jours.

Certes mettre sa vie en danger n’est pas le moyen le plus sûr pour se tester, mais il n’en reste pas moins que cela fonctionne, et il semble d’ailleurs qu’une personne l’ait compris : le maître du jeu, le grand organisateur de ce cirque cruel dans lequel les joueurs vont jusqu’à affronter des tigres (en images de synthèse) tels des gladiateurs enfermés dans une arène, condamnés à se battre. Reculer pour sortir des limites de l’arène revient à signer son arrêt de mort, avancer pour affronter le danger c’est avoir une chance de survivre quelques jours de plus. La série retranscrit parfaitement ce dilemme auquel sont confrontés les personnages et parvient à instaurer une atmosphère de tension qui fait que l’on ne peut se détacher de l’écran. Les protagonistes vivent au jour le jour, ils n’ont pas le temps pour des réflexions trop poussées ou pour élaborer des plans compliqués permettant de battre le jeu, ce qui donne une dimension plus cruelle au drama et le rend d’autant plus prenant. On pourrait reprocher à la série de faire de la violence pour la violence, de juste faire une démonstration de cruauté gratuite sans fond psychologique, mais il faut avouer que c’est bien ce que l’on recherche dans un survival. Pourquoi perdre son temps dans des réflexions psychologiques poussées quand on sait pertinemment que les personnages, de leur côté, ne pensent qu’à trouver de la nourriture et à survivre dans un monde inconnu ? Cela semblerait d’abord incohérent, mais serait aussi bien inutile, car côté psychologie on a toutes les informations qu’il nous faut dans l’introduction synthétique des personnages et dans leur comportement au cours des jeux. Des explications supplémentaires seraient superflues et alourdiraient la trame, cassant alors la tension ambiante.

Le suspense et la tension sont également entretenus par l’incertitude permanente qu’instaure la découverte d’un monde inconnu. Si les personnages sont familiers de la ville de Tokyo, elle leur semble tout à fait différente une fois vidée de ses habitants et transformée en un terrain de chasse dans lequel les joueurs sont des marionnettes, esclaves des volontés d’un maître du jeu invisible et tout puissant. On découvre en même temps qu’Arisu le fonctionnement des jeux, mais également les autres personnes qui peuplent la ville. Le drama propose toute une galerie de personnages, ayant chacun la marque du style manga, avec des caractères poussés à l’extrême, des armes improbables et des styles caricaturaux. Cependant, chacun d’eux est parfaitement adapté au format du live action, contrairement à ce que l’on voit souvent dans des adaptations de mangas. Ainsi, il est tout à fait possible de voir Alice in Borderland comme une série à part entière, et non comme une simple adaptation d’un autre format.

La première partie de ce drama en huit épisodes nous permet donc de découvrir les ressorts de cet univers et nous présente le personnage d’Arisu. A partir de l’épisode 3 en revanche, on rentre vraiment dans le vif du sujet avec un évènement qui traumatise le jeune homme et permet une transition vers la véritable destination de l’histoire : « la Plage ». Dans un hôtel de luxe, un chapelier fou a établi son repère dans lequel il offre des journées de débauche aux survivants, avant de les envoyer tenter leur chance dans les jeux. Cette communauté est le véritable cœur de l’histoire d’Alice in Borderland, et on peut dire que c’est véritablement là que commence toute la série, puisque les rencontres qu’Arisu y fait sont cruciales et déterminantes pour la suite du drama. Entre une milice armée, un leader un peu dérangé (une performance bluffante pour Nobuaki Kaneko, vu dans Followers) et un fin stratège aux cheveux platines, on découvre une foule de personnages tous plus étranges et mystérieux les uns que les autres. Il y a là de quoi alimenter de nombreuses intrigues sous-jacentes qui ne seront malheureusement pas toutes résolues dans cette première saison, mais Netflix nous promet déjà une suite, qui apparaît nécessaire et qu’on attend avec impatience.

Ainsi, Alice in Borderland est un excellent survival dont il est difficile de se détacher tant la tension est palpable. Avec des protagonistes très intéressants (parfois même complètement perchés), d’excellents acteurs et une intrigue prenante, la série donne envie d’en voir plus et fait d’ailleurs de nombreuses promesses pour la suite. Malgré quelques incohérences, sûrement liées au format originel du manga (mais quelle idée de partir faire un survival sans armes et en jupe-talons ?), le drama offre son lot de frayeurs, d’émotions et de suspense, ainsi que des scènes impressionnantes qui nous font retenir notre souffle.

Casting : Kento Yamazaki, Tao Tsuchiya, Nijiro Murakami, Keita Machida, Yuki Morinaga, Nobuaki Kaneko, Dori Sakurada

Réalisation : Shinsuke Sato

Scénario : Shinsuke Sato, Yasuko Kuramitsu, Yoshiki Watanabe

Diffusion : 2020 (Netflix)

Pays : Japon

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Bande-annonce :

2 réflexions sur “ALICE IN BORDERLAND

  1. princecranoir 09/01/2021 / 16:06

    Des épreuves, des tigres, et attention à ne pas être « en retard, en retard, en retard », ne serait-ce pas plutôt une adaptation de Fort Boyard ? Est-ce que Willy Rovelli fait une apparition en Chapelier tout foufou ?

    Aimé par 1 personne

    • misslittlemonster 10/01/2021 / 14:12

      L’enjeu est un peu plus élevé (et trash) que dans Fort Boyard et pour sortir il faut absolument réussir l’épreuve pour le coup 😉
      Je suis sûre qu’il ferait un très bon Chapelier fou en plus ! Mais ici la place est déjà prise et il faut dire que l’acteur fait un excellent travail 🙂

      Aimé par 1 personne

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